Intention

« Vers une coopérative artisanale de production des femmes potières de Sejnane (Tunisie) ».
Laaroussa (La poupée) est la restitution d’une aventure artistique partagée et d’une rencontre singulière entre des femmes potières de la région de Sejnane, des femmes couturières-brodeuses de Nantes et des artistes tunisiens et français. Avec l’art pour langage commun et l’argile comme matière première, tous ont façonné ensemble le visage d’une communauté interculturelle rêvée, et ont créé en toute liberté une coopérative de travail idéale, ayant pour but de valoriser ce geste universel, celui de modeler la figure féminine (la poupée). Laaroussa tisse des liens entre des savoir-faire artisanaux et l’art contemporain autour de ce précieux et exceptionnel savoir-faire féminin, sous-estimé et non toléré par l’Islam : celui de façonner des poupées d’argile à visage humain dans une société où la religion islamiste interdit la figuration.

Descriptif

LAAROUSSA est une fabrique d’espaces populaires de création artistique et culturelle qui s’est développée entre deux villes, Tunis et Sejnane (Tunisie).

Lors de 3 résidences artistiques qui se sont déroulées à Sejnane de février à juin 2011, 60 femmes potières tunisiennes (vivant sur 5 lieux-dits de la région de Sejnane), 5 femmes d’origine immigrée couturières-brodeuses d’Arlène (Nantes), les artistes plasticiennes de La Luna (Nantes) et les artistes tunisiens de L’Art Rue (Tunis et Paris) se sont embarqués dans la fiction de la mise-en-oeuvre de cette coopérative de production, où les processus de création, les compétences sollicitées, se transmettent, s’échangent et font œuvre commune. Les réalisations finales ont toutes été élaborées à plusieurs mains et témoignent de la possible rencontre harmonieuse entre différentes populations et divers savoir-faire. Les sculptures, dessins, broderies, films, textes, musiques, gestes chorégraphiques se veulent avant tous les échos d’un voyage humaniste, inventé,  à vivre en commun, dépassant les frontières sociales et culturelles.

L’art a ce pouvoir de faire naître des moments forts de partage et d’expérience sensible où l’organisation horizontale d’une communauté permet l’expression des compétences individuelles de chacun dans une dynamique créative partagée. Le fait artistique devient alors déclencheur et catalyseur d’un désir plus large de voir naître le projet d’une action collective visant à mettre-en-place une coopérative de production émancipatrice, qui recèle un réel potentiel économique et artistique pour les femmes artisanes de Sejnane,

Création partagée : co-construction d’un lieu de travail collectif sur place à SEJNANE

Sur place, nous avons été accueillis par Aïda à JMAÎHAT, commune de SEJNANE. Elle nous a ouvert sa maison en construction pour développer nos ateliers avec l’ensemble des 60 artisanes et artistes.

Ce lieu s’est avéré un espace idéal pour accueillir l’énergie collective et les moments de vie et de travail de cette communauté inventée. La forme des ateliers a été définie à partir des discussions et des désirs d’accomplissement professionnel des femmes.
Notre espace s’est structuré selon leurs envies et les nécessités liées au travail lui-même : laboratoire de création (danse, film, écriture), atelier de modelage de l’argile, espace de cuisson des poteries, crèche et salle de jeu pour les enfants, cuisine, salon de thé et jardin.

Œuvres réalisées

« Le temps rêvé de la Poupée : un temps rêvé pour soi à plusieurs voix »_ Film vidéo_(La Luna + Kalz a dud)
« Une vallée de poupées : cartographie rêvée »_ Carte textile et tactile_ (La Luna + Arlène )
« Chanson de geste contemporaine de la poétique des Potières »_ Film vidéo / chorégraphie_ (L’Art Rue)

LE TEMPS RÊVÉ DE LA POUPÉE : un temps rêvé pour soi à plusieurs voix

Multi projection. Film vidéo réalisé par le collectif La Luna.
Paysage sonore réalisé par Kalz a Dud (Marcel Taillandier)

Ce film, entièrement réalisé sur place, rend hommage à la communauté et au partage. Il retrace les étapes de la création collective d’une poupée d’argile (figure emblématique de la poterie de Sejnane), habituellement produite individuellement, mais cette fois réalisée symboliquement à plusieurs.

Toutes les potières prennent place et corps, lentement au rythme du montage virtuel, autour de la Poupée en train de naître de la terre. Quand la main fabrique, la tête pense librement : souffles, rêves, chants, paysages viennent résonner autour de l’acte de naissance de la figure humaine qui surgit des mains habiles des femmes potières de Sejnane, créant une « poésie spéciale », librement inspirée de Lullaby de J-M Le Clézio.

C’est la puissance de chacune d’elles liée à celle d’une autre qui forme la chaîne d’humanité et d’expression créative. Pour toutes, c’est le dessein d’un chorus révolutionnaire et d’une action collective qui se fait jour ici, bravant l’interdit de façonner publiquement la figure de la Poupée, sortant chacune d’elle de son territoire existentiel pour l’emporter, pour la décoller vers un devenir plus large, commun et partageable.

Les femmes artisanes de Sejnane deviennent à leur tour figures de l’oeuvre, et mettent en scène l’espace-temps rêvé de leur future coopérative de production prévue pour 2013.

UNE VALLÉE DE POUPÉES : CARTOGRAPHIE RÊVÉE

Carte textile et tactile réalisée par les femmes-couturières d’Arlène* et La Luna
* Fatima Ayachi, Khaddouma Bellahcem, Anne-Françoise Ménager, Paskalle Mihindou, Zozan Otzekin

Les femmes couturières de l’association Arlène de Nantes ont fabriqué une carte sensible qui dessine la topographie du territoire de vie et d’activité des potières de Sejnane dans le but de la leur offrir.

Divers matériaux (tissus, terre, papier, laine, peinture) et techniques (couture, broderie, dessin…) ont été utilisés pour fabriquer cette cartographie qui transcrit la géographie commune de cette société composite qui est le ferment du projet de Laaroussa. Elle dessine un territoire imaginaire composé de l’union des forces et des savoir-faire des personnes impliquées dans cette aventure.

Telle une métaphore de l’expérience humaine et des liens qui se sont tissés au fil du projet, la carte textile et tactile devient aussi support de projection du film « Du temps rêvé de Laaroussa ».

CHANSON DE GESTE CONTEMPORAINE DE LA POÉTIQUE DES POTIERES

Oeuvre réalisées par les artistes tunisiens de L’Art Rue
Performance dansée par Selma et Sofiane Ouissi (danseurs-chorégraphes)
Film vidéo réalisé par CeCIL Thuillier (réalisatrice) et Nicola Shurlati (monteur)
Création de paysages sonores par David Bouvard

Les poteries de Sejnane prennent forme selon une gestuelle ancestrale transmise de génération en génération. Les artisanes arrachent l’argile à la terre, broient des briques, pétrissent, modèlent. Dans leurs mains, la boue devient poupée, cuillère, assiette. Imprégnés de ces mouvements savamment maîtrisés et répétés à l’envi, Selma et Sofiane Ouissi, duo de chorégraphes, a collecté au fil des ateliers son propre matériau pour créer une forme de chorégraphie inédite, qui met en scène les gestes des potières, à blanc. Ils ont ainsi élaboré un véritable processus d’écriture chorégraphique, tel un alphabet gestuel leur permettant d’explorer les résonances poétiques du mouvement entre ouvrage et danse.

Restitutions publiques et expositions

mai-juin 2018 / installation, Exposition « Nomades sous la lune (25 ans de travail artistique de La Luna) » , L’Atelier, Nantes

mars 2016 / installation, Exposition « Les voyageurs de la tête sont les seuls que rien n’arrête », Pol’n, Nantes

2011-2013 / Exposition itinérante (portée par les artistes de L’art Rue (Tunis) dans le cadre de la reconnaissance internationale des Printemps arabes (Tunisie 2011) : Tunis, Sousse, Sfax, Sardaigne, Aubagne et Marseille (année de la Capitale européenne de la Culture Marseille Provence 2013)*, Palais de Tokyo (Paris), MOMA (New-York)

septembre 2012 / installation, Exposition Nantes itinéraires artistiques, Galerie du Rayon Vert, Nantes

avril 2012 / installation, Exposition La coopérative publique de La Luna, Atelier Alain Lebras, Nantes

juillet à septembre 2012 / installation, Festival DREAMCITY, Dar Bach Hamba, Médina de Tunis

juin 2011 / installation, Restitution publique, Sejnane, Tunisie

* L’année de la Capitale européenne de la Culture Marseille Provence 2013 marque une forte volonté de rapprochement des deux rives de la Méditerranée, afin de développer la filière céramique. La notoriété de la Biennale Argilla du Pays d’Aubagne, premier marché potier de France, met à l’honneur la Tunisie avec comme projet emblématique Laaroussa, : vers une coopérative de production des Potières de Sejnane.

Partenaires opérationnels

Projet produit dans le cadre de la 3ème édition du FESTIVAL DREAMCITY (Tunis)
Projet soutenu et financé principalement par la Fondation Anna LINDH (Fondation euro-méditerranéenne pour le dialogue entre les cultures) et le service de la Coopération internationale de Nantes Métropole.

À propos de Laaroussa

Quelques témoignages des femmes de Nantes (extraits du journal culturel ZAT, édité à Tunis) :
Anne-Françoise : « Ces femmes de Sejnane ont de l’or dans les mains et il faut le faire savoir, toute cette énergie des femmes nous donne de la force à nous, cela bouscule nos a-priori ».
Zozan : « Travailler avec des personnes de différents métiers prouve qu’on peut ensemble changer le monde. La puissance du collectif nous porte et nous propulse dans l’action et l’espoir. Dans l’interculturel, c’est la réciprocité qui devient notre richesse à tous ».
Khaddouma et Fatima : « L’importance de nos parcours de migrantes en France et ce que nous avons échangé ont modifié la vision des femmes de Sejnane. Elles ont mesuré aussi nos difficultés. Nous nous sommes souvenues de notre enfance et cela nous donne envie de reprendre des cours en arabe ».
Laure : « Créer plus de relations entre nous pour prendre le temps de faire les choses ensemble et d’inscrire gestes, paroles et attentions réciproques ».
Paskalle : « Touchée par cette expérience, où les petites filles, voyant leurs mères en action, ont l’impression que des portes et des possibles de devenir s’ouvrent pour elles. Les femmes de Sejnane sont conscientes que toutes les personnes du collectif Laaroussa, forment UN avec elles, elles ont le sentiment que l’on faisait les mêmes choses et gestes qu’elles pour construire du sens commun. Chaque geste devient collectif, tous font ensemble ceux de France, ceux de Tunis et les Femmes de Sejnane. C’est important aujourd’hui où le monde se défait ».
Marie-P. : « Nous ne sommes pas dans la donation des artistes vers un public, nous sommes dans l’action collective, nous sommes toutes au même niveau, en coopération active et puissante avec toutes les femmes de Sejnane, précises dans leur geste, énergiques et travailleuses. Nous étions toutes baignées de tendresse et en confiance ».
Anne : « Nous avons construit du collectif, et savoir que la coopérative peut naître d’un acte créatif partagé devient symbolique ».